Du mercredi 9 Juillet 2025 au samedi 12 Juillet 2025 avait lieu le stage Cross Niveau 3 à Vallouise, organisé par Maxime Berthoud. J’ai eu la chance de pouvoir intégrer ce stage en dernière minute, et j’avais pour envie d’en faire un récit, alors le voici !
Membres du stage :
- Axel W (Advance Epsilon DLS, EN-B)
- Gabriel S (Supair Birdy, EN-A)
- Julien P (Niviuk Ikuma 2, EN-B)
- Jean-Philippe P (Advance Theta ULS, EN-B)
- Maxime B (Skywalk Cumeo 2, EN-B)
- Xavier B (Ozone Alpina 3, EN-C)
Moniteurs :
- Adrien L (Ozone Zeolite, EN-D)
- Sylvain R (Ozone Zeolite, EN-D)
Nous sommes arrivés mardi après-midi avec Maxime au gîte où nous passerons la semaine à Vallouise. Là bas nous retrouvons Julien, JP, Axel et Xavier, un invité du Parateam. Nous avons rendez-vous à l’école Pollen à 18h. On rencontrera là-bas Adrien, un de nos deux moniteurs, avec qui on fera un rapide point météo et sécurité. On rentrera ensuite au gîte pour déguster un délicieux gratin préparé par Julien. (Une pensée à la ratatouille qui devait l’accompagner mais qui est restée par terre à Lumbin… RIP 🙏)
Jour 1
Trace SportsTrackLive : https://www.sportstracklive.com/fr/scene/96d26815-1684-462e-a522-41c8fcc6eff0/
Réveil à 7h pour le groupe, après un bon petit dej, on file à l’école. On y retrouve Adrien accompagné de Sylvain, son ami d’enfance, et qui sera notre deuxième moniteur. On commence par faire un test d’extraction des secours, puis un point météo mitigé avec beaucoup de nord annoncé et des plafonds à 3 500 m maximum (ça peut paraitre beaucoup, mais c’est limite pour se balader dans les Écrins…). On passe ensuite au plan de vol avec Google Earth et FlyXC. Le but du vol est globalement de nous tester et de découvrir le bocal en finissant, avec pourquoi pas, un tour au Pelvoux (3 946 m) si les conditions sont meilleures qu’annoncé.
Depuis l’atterrissage, nous apercevons deux voiles, une blanche et une jaune, s’élevant depuis les alpages de Puy Aillaud. Nous apprendrons plus tard dans la soirée qu’il s’agissait, vraisemblablement, de Damien Lacaze et Fabian Buhl, partis pour un combo de paralpinisme au Pelvoux !
De nôtre côté, nous arrivons au déco un peu avant midi. Sylvain décolle en premier et nous informe par radio que l’extraction est lente et difficile. Le premier à le suivre est Julien, qui mettra en effet une bonne heure pour rejoindre la crête de La Blanche au-dessus de Puy Aillaud, départ classique des cross de la région.

Les autres membres du groupe suivent. Je décollerai en dernier, non sans mal, gêné par le thermique qui alimente le décollage de travers. Un mal pour un bien puisque je trouverai tout de suite le thermique de sortie qui me propulsera aux alpages au-dessus du décollage, puis à La Blanche. Le groupe finit par se rejoindre dans le même thermique à 3 300 m à La Blanche, sauf Xavier qui se sera enfoncé trop à l’Ouest et fera la première moitié du vol avec son guide privé Adrien. Axel part en premier sur la transition vers la Crête de Reychard, le reste du groupe suit et de transition en transition, on se retrouve tous à enrouler le même thermique sur la crête qui mène à la tête de la Canonnière.

À partir de là, le vent commence à se faire sentir, alors on fait demi-tour pour retourner se protéger dans les Écrins. Je pars en tête, mais je me retrouve désorienté et je me place sous le vent de la brise de la Durance. Le reste du groupe ne reproduit pas mon erreur et retourne à La Blanche comme prévu, sauf Axel, avec qui je me retrouve dans le pétrin. Nos moniteurs nous indiquent en radio que notre dernière chance est de nous jeter sur le déco et d’y refaire une extraction. Axel arrive à hauteur de déco et se refait rapidement. Moi j’arrive 200 m sous le déco : ça sent les sapins et j’entends les grillons chanter. Mais j’ai l’habitude des points bas, alors je m’accroche et je remonte doucement en m’appuyant sur la brise.

Je finis par trouver un pétard qui me ramènera facilement à La Blanche. À ce moment-là, les conditions s’avèrent bien meilleures qu’annoncées. 3 800 m de plaf à la Blanche, quasi pas de vent météo : la décision est prise, on va aller faire un coucou au Pelvoux. Tout le monde finira par réussir à raccrocher et dépasser la barre des 4 000 m, sauf Maxime qui se contentera des 3 800 m. Au Pelvoux, c’est magnifique, on survole le glacier des Violettes, on voit la Barre des Écrins pour la première fois, le Mont Blanc d’un coté, le Viso de l’autre.

On décide de boucler le vol en passant par les Agneaux, puis en transitant vers la Tête des Lauzières pour enfin poser à l’atterrissage. Un joli triangle de 40 km nous permettant de découvrir notre terrain de jeu pour les jours suivants. On se retrouve ensuite tous à l’école pour faire un débrief et une analyse de nos traces sur SportsTrackLive.

En complément, JP a réalisé une superbe vidéo qui illustre bien les vols magnifiques réalisés par le groupe ce jour-là :
Jour 2
Trace SportsTrackLive : https://www.sportstracklive.com/fr/scene/8f84cbe1-2427-44a9-ae79-ebd04a127ccd/
L’extraction du déco de Puy Aillaud ayant commencé tard la veille, on décide de se donner rendez-vous à l’école à 9h30 pour faire le point météo : + de plafs mais + de nord annoncé. On décide de se fixer comme objectif le graal : la Barre des Écrins avec pourquoi pas un passage par la Meije et le Col de l’Izoard. On décolle tous autour de 12h30. Le groupe raccroche La Blanche, puis continue en cheminement jusqu’aux Bans. Notre moniteur Adrien se transforme alors en guide touristique et nous présente les sommets environnants avec le Dévoluy en arrière plan. On transite ensuite sur Ailefroide, le Pic Sans Nom, puis sur le Pelvoux. Le nord commence à bien se faire sentir mais est moins fort qu’annoncé. Le groupe attaque la transition vers la montagne des Sagnes au pied du glacier blanc, pour faire un plein et enfin tous se retrouver à faire du soaring dans de l’huile à la Barre des Écrins. Tous sauf moi 😭 ! Et oui avec ma petite EN-A en bas de PTV, je passe mon temps à plomber dans les transitions. Je raccroche difficilement les Sagnes à 3 200 m, et pendant ce temps j’entends le groupe en radio qui, 1 000 m plus haut, fait la fête à la Barre des Ecrins, pas facile pour le mental.

Je finis par les rejoindre et Maxime commence son One Man Show à la radio : « On dirait pas un code BARRE ? »; « Quelqu’un aurait un malaBAR ? », … Je lui réponds : « On se tape des BARRES avec toi Maxime ! », un autre surenchérit « T’as pris de LA BLANCHE ou quoi Maxime ? » faisant évidemment référence à la crête du même nom. De son côté, Adrien sera allé prospecter plus au nord pour voir si un détour par la Meije était possible, mais il a préféré renoncer à cette option.

Après l’euphorie et les blagues de la première Barre des Écrins du groupe, nous continuons le parcours. Maxime continue son show en radio : « Direction le Seigneur des Agneaux ! » en faisant référence à la montagne des Agneaux sur laquelle le groupe se dirige. On transite ensuite sur la Tête des Lauzières. On refait tous un plein, puis direction le Queyras ! Nos moniteurs nous feront faire demi-tour un peu avant le Col de l’Izoard voyant que le secteur était très turbulent et venté et que nos voiles dansaient un peu trop au-dessus de nos têtes à leur goût. Le retour sera évident, avec une ligne incroyable dans une belle confluence qui nous permettra même de raccrocher les alpages au-dessus du décollage pour une session soaring du soir. On finira par boucler ensemble un triangle de 70 km.

La caméra de JP n’aura malheureusement pas survécu au froid ce jour-là, mais j’ai trouvé cette superbe vidéo d’un pilote ayant réalisé un parcours similaire au nôtre à quelques minutes d’intervalle, ce qui permet de bien illustrer le vol que nous avons vécu :
Jour 3
Trace SportsTrackLive : https://www.sportstracklive.com/fr/scene/32bd8a79-391c-4d3a-8fe0-c09276f273b6/
Les 2 jours précédents nous ont permis de bien voler dans le Parc des Écrins. A l’unanimité, nous décidons de faire un plan de vol différent. L’objectif est clair mais difficile : atteindre le lac de Serre-Ponçon en passant par l’intérieur du massif des Écrins, transiter sur le Morgon et rentrer à Vallouise. Les conditions météos sont prometteuses, les balises aussi, seul un flux d’Ouest annoncé par certains modèles nous met le doute, ajouté à cela la brise de la Durance qui est souvent très forte et peut rendre la vache complexe, voire dangereuse. Nous profitons du fait que le télésiège soit ouvert le vendredi pour monter directement aux alpages et éviter l’extraction parfois difficile de Puy Aillaud.

Tout le monde décolle en même temps, et nous nous retrouvons vite à la crête des Boeufs-Rouge, sous la Pointe Guyard, point de rendez-vous facilement reconnaissable à la couleur rouge de ses roches. La masse d’air est très humide aujourd’hui, alors on fait le plein à ras le nuage et on fonce en direction de la crête qui mène au Pic de Beauvoisin. Les moniteurs partent prospecter vers l’Ouest, suivi de Xavier, Julien et moi. Et là, c’est le drame : l’ouest est en effet bien présent et s’engouffre par le col. Notre petit groupe se retrouve piégé dans une vague dégueulante et fuit en glissant dans la vallée comme dans un toboggan. D’autres pilotes passeront peu après avec des options légèrement différentes et se retrouveront dans la même situation. On en conclut que le plan de vol est raté, mais heureusement nos supers moniteurs avaient tout prévu, alors on décide de suivre le plan B qui est d’aller dans le Queyras à la frontière italienne. Maxime est fatigué et décide d’aller poser à Vallouise, le reste du groupe transite au-dessus de la vallée vers la Tête des Lauzières.

La raccroche est difficile et turbulente, la brise est déjà très forte en vallée et les balises du Queyras ne donnent pas envie. JP et Julien décident à leur tour d’écourter le vol et d’aller poser à Vallouise : la fatigue des 2 jours précédents commence à se faire sentir. Je les suis peu après, accompagné de Sylvain qui me conseille d’aller poser avant que la brise ne se renforce. Axel, Xavier et Adrien annulent le plan Queyras mais se permettent un détour 5 étoiles par les Agneaux et la Barre des Écrins grâce à une masse d’air plus généreuse à l’intérieur du massif.
Jour 4
Trace SportsTrackLive : https://www.sportstracklive.com/fr/scene/2a990eb2-31b2-4bb5-871a-7f14ed115241/
Les conditions étant similaires à la veille, avec des risques de surdéveloppement annoncés dans l’après-midi, nous décidons de changer de site. Nous hésitons entre Les Richards et le Col du Noyer pour retenter la traversée du Lac de Serre-Ponçon. Le choix se fera sur la route et se portera sur le Col du Noyer dans le Dévoluy, déjà coiffé d’un joli cumulus. Nous ne sommes plus que 5 stagiaires, Xavier n’ayant pas pu être disponible pour ce dernier jour. Sylvain restera au sol pour nous suivre avec la navette et Adrien sera notre guide en l’air. Nous décollons peu après 11h, l’extraction marche bien pour tout le monde, mais à quelques mètres de pouvoir suivre les copains en cheminement, le secteur passe à l’ombre et je ne trouve plus rien pendant un bon quart d’heures : déjà que je n’avance pas très vite, je me retrouve coupé du groupe ! Le soleil finit par revenir et je rejoins le cheminement à ras les nuages : le plateau de Bure avec ses grands radiotélescopes se dévoile à moi : on se croirait presque sur une autre planète ! A 2 750 m d’altitude, je contourne le nuage et attaque seul la première grosse transition du vol qui permet de raccrocher le Cuchon à l’ouest des Ecrins de l’autre côté de la vallée.

Les copains sont déjà de l’autre côté en train de raccrocher. De mon côté, la transition ne porte pas bien et j’arrive par terre sous le vent de la brise qui me fait vacher au cœur du Champsaur avec une approche les pieds dans les arbres. En regardant ma trace, je vois bien que ma trajectoire laisse à désirer, j’aurai sûrement pu faire mieux ! Axel ne passera pas loin de me rejoindre, mais avec quelques mètres en plus, il finira par réussir à sortir après une longue bataille. Une fois vaché, je repense au jeu de mot de Maxime « On est dans le Champsaur, ça sors 🎶! »; Ben non Maxime, ça sors pas 😡!!!
Je vois les copains passer à 3 000 m au-dessus de ma tête en attendant mon chauffeur Sylvain : Les boules, mais c’est le jeu en parapente ! Les autres continueront leur vol jusqu’aux Aiguilles de Chabrières, non sans mal mais avec en récompense la vue tant désirée sur le lac de Serre-Ponçon.
De mon côté, Sylvain m’aura concocté un plan marche et vol pour tenter de redécoller depuis les pentes herbeuses du Cuchon, sans succès, avec en prime une belle frayeur à l’atterrissage : en finale, je suis à 1 m sol, je me prépare à arrondir, quand tout à coup je me fais violemment emporté sur la droite, je freine la demi-aile du mieux que je peux mais je finirai par prendre une fermeture assez massive qui me fera basculer sur le dos. Heureusement, la voile se réouvrira très vite et je poserai sur les pieds. Décidément ce n’était pas ma journée ! J’en discute avec Sylvain, nous sommes tous les deux assez étonnés car je prends très rarement des fermetures. J’ai posé au vent et les conditions à l’atterrissage sont très calmes. Ce n’est que dans la minute qui suit que l’on apercevra un dust se déclencher à côté de l’endroit où j’ai posé…
Sylvain et moi reprenons la route et partons à la poursuite du groupe qui a entamé la traversée du Lac. Maxime est arrivé bas et a préféré poser au milieu des kitesurfs 🌊.
Axel, JP et Julien volent très bien et suivent le rythme imposé par Adrien. Ils raccrochent le Morgon puis transitent sur le célèbre fort de Dormillouse où ils apercevront au loin la grappe de + de 100 pilotes du Belgian Paragliding Open 2025. Après un petit bout de cheminement, ils feront demi-tour, pour tenter la traversée du lac en sens inverse. Malgré un bon plein au Morgon, cela ne suffira pas pour rentrer à Chorges pour Julien et Axel, contrés par le vent d’ouest en altitude additionné à la brise du lac en basse couche. Seul JP finira par réussir à atteindre l’objectif et posera à l’atterrissage de Chorges. Pendant ce temps, Adrien poursuivra tranquillement sa route et posera proche du Col de Manse après un vol de 100km. Nous nous retrouverons ensuite tous ensemble autour d’une bonne bière pour discuter des péripéties de chacun, dans la rigolade, et faire la conclusion de ce superbe stage.

Malgré les différences de niveau du groupe, tout le monde ressortira grandi de ce stage, avec des vols de groupe magnifique au cœur du Parc National des Écrins et une traversée du Lac de Serre-Ponçon pour les meilleurs. Des conditions pas toujours conformes aux prévisions, avec des brises très fortes, nous rappelant que les cross se préparent en amont avec plusieurs plans de vols et que l’on est amené à changer de plan de vol en fonction des conditions rencontrées sur le terrain.
Je recommande chaudement l’école Pollen Parapente qui a été très pro, notamment nos deux supers moniteurs, Adrien et Sylvain, qui forment un duo d’une complicité redoutable.

